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 Titre : Bataille Féministe / Auteur : The Moon Project

Editions : Toplaimprimé en Pologne  


La bataille commence. Mes enfants sont suspendus à chaque carte qui se retourne! Les têtes tardent à se montrer. Peut-être ont-elles peur de tomber sous le tranchant de l’As! Puis, cartes en main, mon garçon sourit : il a la Reine de Cœur a ses côtés, il l’aime bien. C’est au tour du Vicomte de Trèfle et de la Duchesse de Pique de s’affronter. Le temps est en suspens. Un doute : "Qui est le plus fort?". Alors ma fille dit « RDV, ReineDuchesseVicomtesse. La Duchesse l’emporte! » Les enfants jouent et rigolent. J'ai l'impression que la parité leur semble évidente là où j'acceptais que le Roi soit plus fort que la Reine. Ce souffle d’égalité ne retire aucun effet à ce jeu vieux de 7 siècles.

J’aime cette forme d’engagement ludique, la forme cubique de la boîte, son graphisme, et la valeur portée par The moon project en un slogan « L’égalité ça s’apprend. Les stéréotypes, ça se comprend. » Mais justement, de quelle égalité parle-t-on ? Cette valeur complexe et viscérale qui, accrochée à une pancarte peut provoquer de violents syllogismes (Je suis pour l’égalité + Tu es contre mes idées = Tu es donc contre l’égalité.)

Je cite la pensée d'Aristote sur le sujet de l’égalité (et non sur sa conception de la femme...)« Tous les hommes sont d’avis que le juste consiste en une certaine égalité…Mais quelle sorte d’égalité et quelle sorte d’inégalité ? C’est un point qui ne doit pas nous échapper, car il contient une difficulté fondamentale de la philosophie politique. » . Etant peu sensible à l’égalité (non que je sois un monstre, mais je me retrouve davantage dans l’équité), je me suis interrogé sur les égalités portées par la noblesse de ce jeu…

Il y a la Reine de Carreau qui reprend la place qui lui est dûe. Elle symbolise l’égalité formelle selon laquelle les prescriptions, défenses, peines et accessibilités aux fonctions sont les mêmes. Je répète, accessibilités aux fonctions sont les mêmes.

Il y a le Duc de Cœur et l’égalité naturelle qui nous rappellent que nous relevons tous d’une condition humaine quelles que soient nos différences. Car, comme l'a évoqué Madame Chedid, hommes et femmes de toutes origines, nous sommes bien plus proches qu’étrangers.

Enfin, ces titres hiérarchiques de noblesse, qu’on aimerait croire si lointains, nous ramènent à l’égalité réelle face au matériel, aux biens familiaux, à l’instruction et la mécanique du corps.

Merci à ce jeu conduit par le hasard, de poser cartes sur table en menant, à mon avis, un combat plus large que « la bataille féministe » : l'égalité.