Cercle-des-poètes-MPPMC

 

C’est une évidence, un slogan, un savoir vivre, une nécessité, un prétexte, un ensemble de règles. « Commencez par être bienveillant envers vous-même. Encouragez les autres. Ayez une écoute active. Soyez ouvert aux autres. Et surtout rappelez-vous que la bienveillance est une qualité qui ne s’impose pas ... ». La bienveillance est partout, du moins la liste des comportements incontournables pour « faire acte » est sur toutes les lèvres, les blogs, les plaquettes de communications managériales, les discours politiques et les livres de parentalité.  Nul ne peut y échapper et cela s’avère extrêmement difficile de le nier. Comment s’opposer à une disposition affective de la volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui ?

La pierre est ainsi posée dans notre sac à dos et l’autre s’envole, satisfait d’avoir perçu un besoin et d’avoir fait preuve de bienveillance. Mais c’est là que ça coince, car appliquer simplement une méthode pour faire le bien, c’est se rendre masqué au grand bal de la Joie avec en bonus une gueule de bois le lendemain matin. Spinoza dans son éthique écrit « je vois le bien et je l'approuve et pourtant c'est le mal que je fais. Comment donner à ce que je sais la puissance de s'appliquer à ce que je fais ? ». Il semblerait bien que cet « altruisme étendu » ne soit pas dans nos gènes.  Mais la nature étant « bien faite », elle nous a fait cadeau d’un cerveau non fini. Les neurosciences le mesure chaque jour un peu plus. Nous sommes imparfaits et remodelables. En voilà une bonne nouvelle ! Inconscients de ce que nous faisons mais conscients de ce que nous sommes, et légitime dans ce que nous aspirons à être.

Alors posons les guides pratiques, fermons les applications et montons sur la table « oh capitaine, mon capitaine ». On change bien sûr les choses par le savoir, mais l’objectif de la bienveillance n’est pas de changer les choses. Son but est de changer son regard sur les choses. C’est un moyen d’éclater « notre bulle de l’Ego » comme le souligne Matthieu Ricard. Et là, chacun son cheminement, ses rencontres, ses échecs, ses larmes, ses satisfactions, ses maladresses et sa spiritualité.  Il faut « s’outiller » de patience et de persévérance (les armes étant proscrites). Pour aller au-delà de l’Ego il existe une multitude de moyens. Les religions, la philosophie, l’art, la méditation, les sciences sont des pistes possibles afin de croire et douter joyeusement. Quitter ses certitudes pour ressentir l’interdépendance des vivants semble être la clé de la bienveillance envers soi. Dans ce contexte, prendre soin de soi revient à prendre soin des autres. Non pas parce j’applique ce que l’on me dit, mais parce que je cohabite avec un ego apaisé, et des blessures acceptées. Je suis donc là, disponible… Bienveillant. [MC]