MPPMC_Temps

 

En regardant sur le mur de la classe de CM2 où j’interviens ce matin j’observe une frise chronologique. Je me dis que cette représentation, faisant cohabiter des personnes qui ne se sont jamais rencontrées, est un joli moyen mémo-technique. Mais, ce bout-à-bout d’instants présents, ce n’est pas le Temps … C’est au mieux un film que l’on se fait du Temps. De plus, sur cette frise se pose la question du futur côtoyant de trop près à mon goût le tout tracé, le pas le choix, la flèche du destin. Alors quelle forme lui donner ?

Un cercle peut-être, mais ce serait donc accepter que le futur lointain soit le passé… Je suis persuadé que les événements sont cycliques, que la vie en mouvement peut être cyclique, que nos comportements souvent tournent en rond, mais pas le Temps… Avancer dans le temps reviendrait, une fois vieux, à influer sur notre passé, et donc à pouvoir changer la vie que nous avons en modifiant les évènements que nous avons traversés. « Nom de Zeus ! » Ça ferait un super film.

Autre piste qui m’a était suggéré par une amie. « Le temps est comme un chemin... Le chemin ne chemine pas, comme le temps n'avance pas. Ce sont les hommes qui cheminent sur le chemin. Le chemin Est simplement. Il n'est ni futur, ni passé, il Est à cet instant. Ce qui se passe à un endroit du chemin n'est pas le futur de celui qui est "derrière " ». C’est effectivement une très jolie métaphore qui redonne au présent une place centrale unique. Mais se pose la question du contenant. Ce "Temps" est-il en dehors de l'Univers ? Flotte-t-il ? Si on le chemine, c’est qu’il a un ancrage. On perçoit l’eau s’écouler dans la rivière uniquement parce que celle-ci est contenue dans un lit.

J’ai l’intuition que le temps à en quelque sorte un fonctionnement quantique. Du moins, à ce que j’ai compris de la quantique. Il est peut-être un point que l’on appelle l’instant. Ce point n’existe que parce qu’on y est attentif, et qu’on le capture. Peut-être sommes-nous "le berceau" du temps, le contenant. Le passé n’existant qu’à travers nos capacités de mémoires (intellectuelle et sensorielle). Et le futur n’existant qu’à travers notre nécessité de projection au service d’un besoin primaire d'être rassuré. 

J’en reviens à l’idée de "l’Instant". Au moment même où notre pensée s’active alors un point mesurable se fige (la conscience). Ce point est singulier, il a pour essence notre être intérieur (donc infini) et il a pour substance le passé, le présent ou le futur selon l’objet de notre pensée. Dans le cas où notre pensée ne fixe pas l’instant, le souvenir ou l’hypothèse, j’imagine le Temps comme une sorte de brume, une infinité d’ondes dans laquelle tous les possibles de l’univers cohabitent et sont présents partout à la fois en nous. Ce qui à mon sens explique l’absence de repère lorsque nous sommes dans une lecture, une contemplation, et que nous lâchons notre mental et son homme à tout faire "l’imagination".

Nous constatons bien entendu des "effets mécaniques naturels". Mais rien ne dit qu’ils sont provoqués par ce que l’on nomme le Temps. Ce n’est pas le Temps qui nous fait vieillir. Du moins ce n’est pas plus l’effet du "Temps qui passe" que l'effet de la "Mort qui approche". Les enveloppes corporelles sont périssables. Les agendas coordonnent les hommes. Les horloges mécaniques nous rappellent notre condition de mortel.

En d’autres circonstances Einstein affirmait ceci "On ne peut pas résoudre un problème avec le système de pensée qui l’a créé". Peut-être que le Temps en soi n’existe pas hors de nous. Et que faisant parti de nous, celui-ci restera un mystère pour l’Homme.